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Les vidéos de Jacques Thibaud sont des témoignages exceptionnels, qui permettent de mettre en lumière des éléments qui échappent aux enregistrements sonores comme aux photographies (manière de vibrer, retour d’archet au talon etc.).

Cette Cinéphonie où Thibaud joue Malagueña d’Albeniz, enregistrée en 1940, illustre singulièrement le rôle du pouce gauche, en particulier lors du démanché descendant.

Albeniz, Malagueña – 1940Thibaud-Albeniz-1940

Voici isolés, dans le plan pris de derrière le violon, deux démanchés descendants précédés d’un mouvement du pouce (annoté d’une flèche sur la partition)

malaguena-1

Le premier démanché de la IIe à la Ie position, et le second, ici, de la IVe à la IIe position :

malaguena-2

Le coussin et la barre ont fait oublier que ce démanché fut une vraie difficulté violonistique. Sans l’aide du coussin, le pouce et la première phalange de l’index sont indispensables au maintien du violon. La difficulté tient alors, à la faveur d’un démanché, à conserver le soutien horizontal du violon avec la main en mouvement. Cette perte d’appui est compensée, dans un démanché montant, par la pression contraire du cou et du menton, et par le nouvel appui procuré par le corps du violon à partir des IIIe et IVe positions. Dans un démanché descendant en revanche, rien ne vient compenser la perte d’appui lors du mouvement de la main. Le pouce vient pallier à ce manque en venant se positionner sur la position basse avant la main, fournissant un appui lorsque celle-ci le rejoint dans la nouvelle position.

[transition]

Joseph Joachim, dans son Ecole du violon (1905) fait référence à la nécessité de descendre le pouce gauche avant la main dans certains démanchés :

[…] when the hand passes back from the third to the first position, it not only looses this support [the body of the violin], but the beginner is also very apt to draw the violin from below his chin with the downward movement of the hand. In order to get over this difficulty the help of the thumb must be called in. The moment the finger falls on the last note before the third position is abandonned […], the hand must change its natural position and take up the extended attitude depicted in the [illustration]. While the upper part of the thumb serves as a hinge, the finger in question slides gently into the first position and the hand resumes its normal attitude.

Joachim, Violin School, 1905
Joseph Joachim, Violin School, 1905

Carl Flesch, comme Jacques Thibaud élève de Martin Marsick, décrit aussi le mouvement du pouce dans le démanché :

« […] the player has the unpleasant sensation that the arm movement in the direction of the scroll might pull the violin from the anchor produced by collarbone, shoulder and arm. This explains the disconfort connected with downshifting. We are therefore obliged to divide this movement, to send the thumb ahead to the first position while the finger is still in third position, with the hand possibly finding some support by leaning against the violin. During the down-glide of the finger which immediatly follows, the thumb effortlessly provides the necessary counter-pressure. »

Flesch, The Art of Violin Playing, Berlin 1923, New-York 1924, 2d ed. 1939

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