Jacques Dejean

Violon solo des orchestres Colonne, Lamoureux et Pasdeloup, membre du quatuor de l’ORTF, Jacques Dejean fut également professeur au Conservatoire. (1919-2013)

portrait-Jacques-Dejean-1949Après des études à Bordeaux, Jacques Dejean entre au Conservatoire dans la classe de Jules Boucherit en 1936. Les relations avec le maître, très autoritaire, ne sont pas toujours faciles. Parmi les nombreux élèves de Boucherit, on peut citer Denise Soriano, Michèle Auclair, Janine Andrade, Devy Erlih, Serge Blanc.
Jacques Dejean travaille également avec André Asselin, l’assistant de Boucherit au Conservatoire. Il obtient son 1er Prix en 1943.

Jacques Dejean obtient le 1er prix du concours Jacques Thibaud en 1942 à Bordeaux. Le jury est composé de Jacques Thibaud, Firmin Touche, Gaston Poulet, André Asselin, Jules Boucherit et Jean Fournier.

Jacques-Dejean-1er-Prix-Thibaud-1942

Firmin Touche, Gaston Poulet, André Asselin, Jules Boucherit, Jean Fournier
Jacques Dejean, Jacques Thibaud

 

Violon solo des orchestres Colonne, Lamoureux et Pasdeloup. Il existe plusieurs enregistrements avec l’orchestre Colonne sous la direction de Pierre Dervaux.

Il rejoint, en 1966, le quatuor de l’ORTF (Jacques Dumont, Jacques Dejean, Marc Carles et Jean Claude Ribeira), le 2d violon ayant précédemment été occupé par Luis Perlemuter.

quatuor-ortf

Jacques Dejean a également enseigné. Il fut professeur de déchiffrage au Conservatoire, de 1973 à 1986. A 90 ans, il recevait encore quelques élèves chez lui (dont l’auteur de ces lignes).

Discographie (partielle) de Jacques Dejean

  • recital-piano-violon-Jacques-Fevrier-Jacques Dejean-(1976)Jacques-Dejean-et-Olivier-CharlierSuite n° 1, Op. 21 du ballet « Chout » (suite bouffonne), Prokokiev – Orchestre philharmonique de Paris, dir. Jasha Horenstein – 1955 [lien]
  • Ave Maria, Gounod – Lily Laskine, harpe
  • Coppélia, Delibes –  Orchestre Colonne, dir. Pierre Dervaux [lien]
  • Danse macabre, Saint-Saëns – orchestre colonne, dir. Pierre Dervaux [lien]
  • Duo extrait des apothéoses de Lulli et Corelli, Couperin – Quatuor Tessier (Jacques Dejean et Georges Tessier, vl.)
  • Concerto en si mineur, Vivaldi – Jean Champeil, Jacques Dabat, Jacques Soulié – Orchestre de chambre, dir. Georges Boueil
  • Nocture, Paray – Henriette Puig-Roget, orgue – 1962 [lien]
  • Andante Religioso, Pennequin, Henriette Puig-Roget, orgue
  • Sonatine pour violon seul, Martinon
  • Berceuse sur le nom de Fauré, Ravel
  • Sonatine en ré majeur, Schubert – John Cobb, piano
  • 3e concerto en sol majeur, Mozart – orchestre Colonne, dir. Richard Blaireau
  • Si petite, Claret – Bayle – Annie Garance, chant – orchestre, Paul Durand [lien]

 

Danse macabre, Jacques Dejean, Colonne, Pierre Dervaux

Si petite – Annie Garance, Paul Durand, Jacques Dejean

Pour l’anecdote, lettre de René Benedetti à Jules Boucherit

Mon cher maître et ami,
la rumeur publique m’apporte les échos du dernier concours où il apparaît que vous vous déclarez insatisfait, et n’hésitez pas à m’attribuer un rôle préjudiciable à vos intérêts et à ceux de vos élèves.
[…]
Ceci posé, il paraît que l’un de vos élèves malchanceux répand le bruit que je suis cause de son échec ! Il s’agit de M. Dejean : cela est grave parce que c’est faux. Je ne puis découvrir le secret du vote, mais ce concurrent a eu des voix pour un second Prix, et je l’ai personnellement très bien noté, principalement pour le Poème de Chausson qu’il a joué à mon avis avec beaucoup de sensibilité.
[…]

Jacques Dejean a bien ri lorsque je lui ai montré cette lettre, et ne s’est jamais plaint de Benedetti.

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https://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Dejean
Olivier Charlier
> remerciements pour les photos

Edouard Martin – Google+

Gérard Poulet, quelle école de violon ?

Quelle école de violon ? La question peut sembler saugrenue. Gérard Poulet, fils de Gaston Poulet, n’est-il pas l’incarnation même de l’école française ? Et bien non, à en croire ses propres dires. Écoutons Gérard Poulet.

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« Il me semble que les écoles sont moins marquées maintenant .. d’un sceau comme à l’époque. […]

L’école franco-belge est […] vieillissante. Moi je suis une extraction, si je puis dire, de cette école là puisque j’ai appris avec mon père. Mais est-ce que je suis toujours un produit de cette école, je ne le crois pas car au fond le plus gros de mon éducation, sur le plan musical, sur le plan technique, je l’ai reçu de Henryk Szeryng. Alors, Henryk Szeryng tenait son école de Carl Flesch, qui était d’origine hongroise et à fait sa grande carrière de pédagogue, plus que de violoniste, à Berlin.

J’ai forcément une sensibilité française marquée, c’est sûr […] je ne le nie pas et j’en suis fier. Mais sur le plan de la technique pure, je me suis un peu échappé de ce que j’ai appris jeune : mon bras droit, ma main gauche, ma manière de produire le son, la prise de son, la position de la main gauche sur le manche, tout ça c’est quelque chose qui est devenu moi maintenant.

Alors je suis au départ une émanation de l’école française mais je m’en suis échappé.

[…] Tenue du violon oui, c’est vrai que quand on voit les photos des années 1900, on voyait le violoniste, même Jacques Thibaud, qui avait son violon presque face à son visage, alors qu’aujourd’hui on voit les violonistes porter leur bras vers la gauche, et le bras droit devant. Avant, il y avait une position qui n’était pas très naturelle, il y avait une articulation, un son… Nous avons tous écouté des gravures des années 1910, 20, avec un vibrato très serré, avec des glissandos, ça n’a plus cours maintenant.

[…] J’adore Jascha Heifetz, et cet amour que j’ai pour son jeu, j’essaye de le transmettre à tous mes élèves. »

Dans une autre vidéo, à la question qu’est-ce que votre père vous a enseigné,  il insiste sur « le style, l’esprit de la musique française ». Et Il définit l’école française en opposition à l’Allemagne.

Dans le documentaire Gérard Poulet, les leçons particulières de musique, il poursuit sur l’enseignement paternel :

« Mon professeur c’était mon père. […] Plus j’avançais, plus je faisais des progrès, il devenait de plus en plus sévère. Il était présent pratiquement tous les jours, et il s’occupait de moi d’une manière extrêmement serrée. Je lui obéissais, ou je devais lui obéir corps et âme. C’est là qu’on peut parler d’un conflit qui est intervenu entre lui et moi. [Conflit qui s’est manifesté] par de la désobéissance, il voulait que j’interprète par exemple Beethoven d’une certaine manière, en y mettant je me rappelle beaucoup de glissades, à une époque où les glissades tendaient à disparaître. Et c’est à ce moment que j’ai trouvé la force de lui dire

– « Écoute papa, si tu veux bien je ne ferais pas ça comme ça, j’ai envie de faire ça un peu comme ça. »
– Alors il me dit « Pourquoi tu me dis ça ? »
– « Et bien je vais te dire : j’ai écouté Jascha Heifetz. »
– Il me dit « Jascha Heifetz ? Bien sûr il joue très bien, très grande technique. Il joue trop vite, c’est pas ça la musique, c’est pas comme ça qu’il faut interpréter Beethoven, c’est pas comme ça qu’il faut voir Mozart ! »

Alors ça ! Il avait touché là le diamant, on abîme pas le diamant ! »

 

Pour rebondir sur cet échange, je dirais que je suis plutôt de l’avis de Gaston Poulet – Jascha Heifetz n’est pas un modèle pour moi, surtout dans Beethoven ou Mozart.
Sur le fond, on trouve dans les propos de Gérard Poulet :
l’admiration pour la nouvelle figure du virtuose incarnée par Heifetz ou Szeryng
rupture avec l’enseignement paternel
critique de l’école française du début du siècle :selon lui, tenue du violon peu naturelle (« même Jacques Thibaud »), vibrato serré et beaucoup de démanchés.

Indiquer que bien que d’extraction française par son père, il doit surtout à Henryk Szeryng, lui-même élève de Flesch, mérite qu’on s’y arrête un instant. D’abord, l’ensemble des élèves des années 30 à 50 ne joue pas comme leurs maîtres, formés autour de 1900 – cela n’en fait pas moins des représentants de l’école française. Mais Gérard Poulet fait la distinction entre l’esprit français, qu’il tient de sa nationalité, de son père, et une éducation musicale et technique qui devrait surtout à Szeryng, élève de Flesch.
Mais Flesch, professeur de Szeryng, est bien un élève de Marsick. Et il reconnaissait tout ce qu’il lui devait, tout en soulignant l’indigence de l’enseignement à Berlin et Vienne à la fin du XIXe. Au passage, rappelons que Marsick fut également le professeur de Thibaud et Enesco, et que Flesch avait auparavant étudié dans la classe de Sauzay, élève et gendre de … Baillot (école française quand tu nous tiens). Certes, Szeryng a étudié à Berlin avec Flesch (1929-1932). Mais il a également étudié au Conservatoire de Paris avec Gabriel Bouillon (1er Prix en 1937).

Etre élève de Szeryng, donc, est-ce vraiment une rupture avec l’école française ?

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http://www.henrykszeryng.net/
http://www.christianpoulet.com/Mafamillemusicienne/gerard.htm