Boucherit, Flesch et Neveu

En écho aux billets sur Henri Marteau, je voulais poursuivre sur la rivalité franco-allemande. J’écrirai donc prochainement sur le cas de Ginette Neveu, pour lequel j’ai beaucoup de documentation : cependant, la notion d’école de violon y est largement polluée par des considérations politiques, et au final, on comprend surtout comment les violonistes de l’entre-deux-guerres percevaient cette question, plutôt que de saisir la notion d’école de violon dans son aspect purement technique.

Voyons donc ici les filiations, et comparons les interprétations… Henri Marteau était l’élève de Garcin et Léonard, qui font tous deux partie de l’ascendance de G. Neveu par l’intermédiaire de Boucherit et Flesch :

Ecoutons les deux pédagogues :

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Jean Champeil

Jean Champeil étudia le violon avec Jules Boucherit, Marcel Chailley, et Georges Enesco. Titulaire des prix Nadaud et Ysaÿe, il joua dans les orchestres Lamoureux et de l’Opéra. Il fit également partie du Quatuor Calvet – 3e formation, c’est à dire sans Pascal ni Guilet – et fonda après la dissolution de ce dernier en 1950, un quatuor à son nom, emmenant avec lui Maurice Husson. Le Quatuor Champeil était ainsi composé de JEAN CHAMPEIL GEORGES BALBON MAURICE HUSSON et MANUEL RECASSENS.
Dans les extraits qui suivent, il joue sous la baguette de Georges Boueil aux côtés de Jacques Dejean, mon maître adoré, Jacques Dabat et Jacques Soulié. Il est accompagné dans le Kreisler par Lucien Petitjean. Enfin, son enregistrement de Bach dont est issu le dernier extrait s’est vendu aux enchères il y a peu à plus de 1000 dollars…
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Henri Marteau (2)

Peut-être aurez-vous été décontenancés par l’interprétation de Bach par Marteau (message précédent). Vous ne pourrez que l’être plus encore à l’écoute de cette autre enregistrement qui nous permet d’entendre un jeu très éloigné, sans doute plus en phase avec la sensibilité profonde de Marteau.

Marteau – Brahms n…

A ce titre, le jugement de Carl Flesch est révélateur. Il compare Marteau aux cas de Joachim et Ysaye – rien que ça – qu’il fallait avoir entendu au sommet de leur art. Cependant, alors que Flesch estime que les grandes figures des écoles allemande et belge avaient un peu perdu de leur superbe avec l’âge, la raison semble toute autre dans le cas de Marteau. Flesch date son déclin à « à peu près 1908 », c’est à dire l’année exacte où Marteau et lui-même s’installent à Berlin (alors que Flesch note malicieusement qu’il s’agit du second mariage de Marteau)…

Avant de préciser l’analyse de Flesch, il convient d’indiquer que cette Danse hongroise, dans laquelle vous auriez pu deviner la fougue de la jeunesse, par opposition à la rigueur du Bach de 1913, est interprétée par un homme en réalité plus âgé (55 ans en 1929)…

Revenons donc à l’analyse de Carl Flesch pour qui le charme français de Marteau, plein de « joie de vivre », rodé à toutes les subtilités d’archet de cette fameuse alliance franco-belge (Léonard, puis Garcin furent ses professeurs), fut vite tari par l’influence néfaste, car forcée, de l’école allemande (par la personne de Andreas Moser, le biographe de Joachim).

On constate donc que Marteau s’est remis des conseils catastrophiques de Moser (obsolètes et inadaptés à sa personnalité, un reproche régulier de Flesch aux professeur), lorsqu’il enregistre cette pièce de Brahms. Il a alors pris la nationalité suédoise, et avait sans doute pu prendre un certain recul avec l’école allemande, peut-être aidé par l’hostilité croissante de ses collègues berlinois, nourrie par le nationalisme (celui-là que refuse Flesch, et à laquelle sera également confrontée Ginette Neveu), et par une dangereuse accusation d’espionnage.

Je vous propose d’écouter Carl Flesch dans un « répertoire » inhabituel, nous révélant sa vision humaniste de paix et d’amitié entre les peuples

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UPDATE! : Conférence et concerts sur Henri Marteau – Festival des Musicades, Lyon, septembre 2008 : http://www.musicades.com/

Henri Marteau

Henri Marteau est un violoniste français, né à Reims en 1874, successeur de Joachim à la Hochschule de Berlin en 1908, puis exilé en Suède où il termine sa vie. Parmi les plus grands violonistes de son époque, il fut également un professeur sans postérité, et un compositeur à la particularité très notable de n’avoir pas composé de pièce de genre ou morceau de virtuosité, mais des œuvres dans un style proche de son ami Reger.
Voyons ici le violoniste

Marteau_ Bach Gigu…

Cet enregistrement date de 1913, et Henri Marteau âgé de 39 ans produit une interprétation toute de sobriété.